Françoise Comte, avec les élèves de CAP de l'ETPN d'Alençon


En août 1944, deux mois après le Débarquement de Normandie, Françoise Comte - née Paysant - est déportée avec sa mère dans le camp allemand de Sachsenhausen. Leur libération interviendra près d’un an plus tard.

Françoise Comte vit son adolescence à Sées. Ses parents appartiennent à un réseau de résistants. Aînée d’une famille de trois enfants, elle se voit très vite confier des « missions » par son père. Le 26 octobre 1941, il l’emmène ainsi au cap d’Antifer, sur les hauteurs d’Étretat, et lui demande de dessiner tout ce qu’elle voit à main levée, en respectant les proportions, comme il le lui avait appris.
Quelques années plus tard, elle apprend par l’ingénieur de l’entreprise Jeumont l’importance de sa contribution : « Vous ne pouvez pas savoir comme on a été content quand on a su que le relevé que vous aviez fait était arrivé à Londres ». Ce dessin avait permis de détruire un poste de radars des Allemands, destiné à repérer les sous-marins dans la Manche.

« J’avais décidé de gueuler. »

Parmi les faits de résistance, celui du 4 juillet 1943 bouleversera la vie des Paysant. Ce jour-là, le père de famille porte secours et évacue des aviateurs américains dont le B-17 s’est écrasé à Belfonds, près de Sées. Il préfère ensuite mettre sous protection sa femme et ses enfants dans le nord de la Sarthe, à Assé le Boisne. « La dernière fois que j’ai vu papa, raconte Françoise, c’est au milieu du guet, ses chaussures à la main, sa chemise dépassant de son veston et emportant ses papiers ».
Françoise et sa mère sont malgré tout arrêtées par les Allemands, puis conduites de prison en prison, où elles subissent de nombreux interrogatoires. Certains sont d’une extrême violence, comme au Mans. « J’avais décidé de « gueuler ». Si bien que je ne pouvais plus prononcer aucun nom ; je ne pouvais plus dire « je ne sais pas ». Je connaissais beaucoup de gens qui auraient été arrêtés si j’avais parlé. Avoir réussi à ne rien dire est une fierté. » Françoise et sa mère vivent la nuit du 6 juin 1944 à Alençon, entre les murs épais du château des Ducs, transformé en prison. Elles entendent des mouvements de char, mais « peu d’informations venaient de l’extérieur laissant penser qu’il se passait quelque chose d’important. » Et pourtant, un événement va bouleverser le cours de leur vie…

« Comme une bête qui vous ronge à l’intérieur »

Sa veste de déportée et les sabots de bois fabriqués et
donnés par un autre déporté avant la libération du camp
Le 4 août 1944, toutes deux sont déportées en Allemagne, dans le camp de Ravensbrück. « À partir de ce moment-là, on n’avait plus de nom. Vous êtes un numéro. Alors moi, j’étais le 51 175 ». Puis, elles sont transférées au Kommando Gartenfeld dépendant du camp de Sachsenhausen. Les conditions de vie sont d’une extrême dureté : « On avait faim, on avait peur, on avait froid, on vivait avec les poux et les puces. Quand vous avez faim tout le temps, vous avez comme une bête qui vous plie en deux, qui vous ronge à l’intérieur. On avait un litre d’eau noire le matin, un litre de soupe - du jus dans lequel ils avaient cuit du chou - et trois ou quatre pommes de terre par bidon. »
Durant la déportation, Françoise Paysant n’a toutefois pas perdu ses réflexes de Résistante, sabotant le travail effectué pour l’entreprise Siemens, qui fabrique alors des câbles électriques pour l’aviation allemande. Après un ultime transfert à Sachsenhausen, son calvaire prendra fin le 23 avril 1945, lorsque les troupes russes et polonaises libéreront le camp.